Familles d’accueil pour personnes âgées

4,8 millions de personnes auront au moins 85 ans en 2050, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Un projet de loi sur la dépendance doit être proposé à l’automne, et des mesures concernant l’accueil familial pourraient y être intégrées.

11.000 familles d’accueil en France

En France, ils sont 11.000 comme Régine. Des accueillants familiaux agréés par leur département pour accueillir 18.000 personnes âgées ou handicapées, d’après les chiffres fournis par Jean-Louis Sanchez, fondateur de l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (ODAS). Ce métier peu connu est géré par le département, qui accorde aux familles un agrément à renouveler tous les cinq ans. Un accueillant familial peut héberger trois personnes maximum – sauf en cas de dérogation pour un couple – moyennant rémunération. Il existe deux possibilités: soit il est salarié par un organisme reconnu par le Conseil départemental, soit il est rémunéré directement par la personne accueillie grâce à un contrat de gré à gré.

Le coût pour les familles – qui comprend le loyer, une indemnité journalière, une indemnité d’entretien, les congés payés et les services rendus – varie selon le niveau de dépendance de la personne et le prix de l’immobiliser. Grâce aux aides, le reste à charge pour les personnes âgées est généralement inférieur à 1000 eurosLes tarifs en Ehpad tournent, eux, autour de 2000 euros par mois. D’après les chiffres de l’ODAS, tirés d’un rapport qui doit paraître en octobre, 57% des personnes accueillies sont peu dépendantes. Au moins un accueillant sur trois a plus de 60 ans.

Les disparités entre départements sont criantes. Seulement 20 départements comptent plus de 30 accueillants familiaux pour 100.000 habitants. La présidente de l’association Famidac, qui fédère les accueillants familiaux, dénonce un «manque de volonté politique». «Il y a tout et son contraire niveau implication», assure Belén Alonso. L’Assemblée des départements de France se défend, insistant sur des capacités d’accueil «insuffisantes» pour le faire «à large échelle». Et d’insister: «Certains départements peinent à recruter».

Un complément, une alternative même, aux Ehpad, où le personnel est sous tension quand, elles, peuvent prendre le temps. Maryse Montangon, ancienne accueillante familiale qui préside désormais la Fédération nationale des aidants et accueillants familiaux (FNAAF), partage cet avis: «On a construit des établissements où les gens n’ont pas envie d’aller. Dans les familles d’accueil, les locataires sont plus entourés, c’est moins culpabilisant».

«Je suis convaincue que l’accueil familial est une réponse adaptée aux problématiques d’isolement et d’accessibilité.»

Geneviève Mannarino, vice-présidente du Conseil départemental du Nord

Plusieurs départements l’ont bien compris. En première position, la Réunion, qui compte 664 familles d’accueil. Juste derrière: le Nord avec 530 accueillants. «Je suis convaincue que l’accueil familial est une réponse adaptée aux problématiques d’isolement et d’accessibilité», affirme Geneviève Mannarino, vice-présidente (UDI) du Conseil départemental du Nord. Le département a accéléré le rythme à partir de 2015 proposant notamment de rembourser les frais de déplacement pour se rendre aux formations.

Autre proposition: créer des maisons d’accueil. «Certaines communes ont des bâtiments inoccupés, explique Geneviève Mannarino. Nous allons participer à l’investissement pour les rénover et les louer à des familles d’accueil». Si les bâtiments sont assez spacieux, plusieurs accueillants pourraient ainsi se regrouper. Sinon, l’accueil temporaire sera également envisagé.

Une loi à l’automne?

La vice-présidente du Conseil départemental n’ignore toutefois pas le chemin qu’il reste à parcourir. «Le statut n’est pas encore bien identifié, il n’y a pas de droit au chômage et pas de retraite». Les associations sont amères. Malgré une première loi vieille de trente ans et une nouvelle datant de 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, l’accueil familial peine à se développer. «La loi de 2015 n’est toujours pas complètement appliquée, on a l’impression de pédaler à l’envers, lâche Belén Alonso, lasse. On veut avoir accès à l’assurance chômage et que les contrats soient les mêmes dans tous les départements».

«Grâce à l’accueil, on a des services de proximité, des créations d’emploi dans des endroits un peu reculés.»

Maryse Montangon, présidente de la FNAAF

Elle se dit par ailleurs convaincue des bienfaits de l’accueil pour les communes rurales: «Cette initiative peut repeupler une commune». D’après Jean-Louis Sanchez, de l’ODAS, ce métier est plus répandu en campagne, où les habitations sont plus grandes et l’immobilier moins cher. «Grâce à l’accueil, on a des services de proximité, des créations d’emplois dans des endroits un peu reculés, insiste Maryse Montangon. L’accueil familial doit faire partie du panel à proposer pour que les personnes âgées puissent choisir le lieu où elles veulent vivre». Le gouvernement a récemment annoncé qu’une loi sur la dépendance était prévue pour l’automne. Certaines mesures pourraient concerner l’accueil familial.

 

 

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